La réalité exprimée en couleurs
par Rupanjali Baruah
Sentinel Digital Desk

 
Issu d'une famille d'artistes et d'écrivains indiens, il était tout naturel pour Samiran Boruah d'être attiré vers une vie esthétique. Son inspiration prend racine dans différentes sources de son monde visible et plus encore dans l'esprit de ce monde qui l'entoure. Il déclare : "Je pense que la plupart de mes peintures proviennent de mes visions, de mes souvenirs. En d'autres termes, mon inspiration ne vient pas d'une simple idée conceptuelle. C'est la réalité exprimée par la couleur qui explique mes œuvres d'art". Ainsi, ses tableaux ont l'odeur de la matière et les parfums de la nature.
 
Lorsqu'il dépeint le monde contemporain, qu'il s'agisse du milieu social ou du simple tissu d'une culture, il ne montre aucune extravagance, ou lorsqu'il décrit le chagrin ou la tristesse, il s'en tient à des manifestations simples sur sa toile. Et en même temps, il ne traite pas la réalité avec des attributs durs. Il utilise la couleur et les lignes pour réfléchir à diverses possibilités dans toutes les situations probables. Et c'est pourquoi nous découvrons plusieurs tranches de situations réelles qui prennent vie sur sa toile. Il semble chercher à travers sa description de la nature et de la vie humaine une condition pertinente alors qu'il est pris dans le tourbillon des temps turbulents et des bouleversements qu'il voit dans chaque condition humaine. C'est ainsi que nous voyons un portrait réel de la nature, des hommes, des femmes et des conflits pris avec réalisme.
 
Pour l'artiste qui est en lui, chaque expérience de vie est significative et il peut en tirer des parallèles d'observations significatives. Il s'intéresse aussi bien aux objets vivants qu'aux objets inanimés. La réalisation de ses œuvres d'art passe par deux voies : parfois, il aspire à transformer des objets du quotidien en objets qui suscitent une certaine empathie et lorsqu'il s'efforce de dessiner le corps humain, il crée alors une atmosphère ou un sentiment qui imprègne cette expérience. Dans les deux cas, il explore les possibilités de la couleur et de la lumière pour créer des images véritablement touchantes et évocatrices. C'est précisément dans ce contexte que Samiran Boruah aime expérimenter la couleur, les mouvements du trait qui l'aident à façonner son monde sur la toile. L'une de ses peintures, "Couple", représente la vue frontale d'un homme et d'une femme sur un fond de feuilles de bananier fraîches, un véritable mélange d'homme et de nature. Ses figures féminines ont parfois les attributs d'une entité déformée, d'une personne prise au milieu d'un traumatisme. Ses peintures ne sont pas destinées à dissimuler, elles sont ce qu'elles montrent.
 
Keshav Malik, le célèbre critique d'art indien, a observé : "Les œuvres de Samiran Boruah d'Assam sont joliment personnalisées. Dans ses personnages flottant sur des bateaux, son imagerie romantique se transforme en une mystique subtile. C'est un autre monde. Les couleurs dans ce travail sont fascinantes et un sens de l'espace assuré et une réalité harmonieuse est confirmée. Le peintre en lui est bien ancré, la sensation imaginative de sa région ressort dans le meilleur de ses œuvres, sans exagération, sans réalisme audacieux." Samiran Boruah tire son inspiration de son observation directe du monde extérieur, il cherche des significations significatives qui lui arrivent. Parfois, de vieux souvenirs prennent vie dans son œuvre. Par conséquent, au lieu de dépendre entièrement d'une explication particulière, il essaie d'offrir des significations à ces scènes, paysages ou situations à partir de son point de vue personnel et ceux-ci donnent une forme indépendante unique à son monde créé.



 

 
 
Une apologie du visible
par François Jacquesson


L’oeuvre de Samiran Boruah est marquée sans aucun doute par l’Inde, son premier pays. Mais, même si nous reconnaissons ici et là des thèmes indiens comme l’étonnante série des rickshaws, si diverse, c’est moins par les objets ou les paysages que par les formes et les intensités. Cet artiste reprend sans cesse le débat du dessin et de la couleur. Si les couleurs sont souvent ce qui frappe le public occidental, il s’aperçoit vite que les couleurs sont constamment à l’oeuvre, avec les fondus comme avec les contrastes, pour faire surgir des formes, des lignes, du trait. C’est évident dans la série dite des Vitraux, mais aussi bien dans celle des Sacrifices. Et c’est ce que nous redécouvrons le jeu des formes dans les Rickshaws, ou même plus anciennement dans les Voiles indiennes. Dès qu’elle se fait plus étale, la couleur accueille les traits ; quand le dessin se fait plus dense, il entraîne les couleurs dans un jeu de kaléidoscope. Et l’on peut vérifier dans la série dite des Corps à corps ou celle des Reflets que lorsque les couleurs sont moins pressées l’une contre l’autre, elles se font plus présentes et plus fortes, tandis que quand le dessin diffracte les formes, les couleurs accompagnent ces gammes avec une étonnante souplesse.

On ne peut manquer de ressentir (du moins pour l’observateur occidental) l’influence de Chagall et de Picasso. Mais il est très curieux de voir, dans des toiles qui sont manifestement inspirées de la stylistique des Demoiselles d’Avignon ou de Guernica (les séries des Chevaux ou des Sacrifices), comment les couleurs ne laissent jamais le dessin l’emporter – et dans le tableau avec le clin d’œil à Delacroix, le fond de scène très parisien réserve pourtant au centre, presque dans une mandorle, une déesse décapitée qui évoque l’Inde. Certainement, ce n’est pas une oeuvre qui donne des leçons – sinon de peinture bien sûr. Du reste, Samiran Boruah a tendance à penser qu’un tableau ou un dessin qui a besoin de commentaire est incomplet ou imparfait. Il estime que l’oeuvre doit se suffire à elle-même, sans phrase. C’est du moins ainsi dans sa peinture, et c’est sans aucun doute un des secrets de sa séduction : à observer, heure après heure dans la clarté du jour, ou dans le soir, ou même dans l’ombre plus épaisse, le jeu d’alternatives en teintes et tracés que nous donnent ses peintures, on apprend à voir qu’en vérité elles ont une capacité exceptionnelle d’accueillir l’attention.

 

 
 
Toile colorée
paru dans The Eclectic



 
L'artiste bien connu Samiran Boruah est l'une des personnalités qui a laissé son empreinte colorée sur la toile artistique de l'État. Actuellement conservateur au musée de l'État d'Assam, Boruah a effectué des recherches approfondies sur les manuscrits assamais. Il reçoit une bourse de recherche de l’Indian  Foundation for the Arts, Bangalore, pour l'étude et la documentation des peintures manuscrites assamaises. Très impliqué dans le scénario artistique de l'État, Samiran a exposé ses peintures à Guwahati, Kolkata, New Delhi, en France et en Allemagne. Il est d'ailleurs le seul peintre de l'Assam à figurer dans le livre de Krishna Chaitanyan intitulé A history of Indian Painting : The Modern Period.
 
Son niveau d'engagement dans l'art peut être mesuré ses publications prolifiques écrites dans divers journaux d'Assam et d'ailleurs. Il a dirigé des ateliers sur les masques assamais au Festival des Arts, Solstice 2000, Beaulieu-les-Loches, France, 2000. Il a également animé des ateliers sur les masques à Tours, en France, en 2000, ainsi qu'une conférence sur l'art et la culture indienne au Collège La Suze, au Mans, en France, en 2000. Il a également donné des conférences sur l'art et la culture indienne au lycée Sainte Croix, Le Mans, France, 2000 et sur les peintures manuscrites assamaises à la faculté des arts visuels, BHU, Benaras, 2002. Il est l’auteur d’un livre en assamais Golapar nam aru annyanya rasama (The name of the rose and other essays) publié par Book Hive, Guwahati, 1998.

 

 
 
Note artistique sur Samiran Boruah
par Nilmani Phookan

 
Parmi les peintres assamais qui ont émergé dans les années 70, la collection de Samiran Boruah se distingue par sa richesse émotionnelle et sa qualité suggestive. Son véritable mot d'ordre artistique ne repose pas principalement sur la forme ou la structure formelle, mais sur les possibilités infinies de la couleur. En effet, les effets insaisissables de la couleur excitent son imagination visuelle. Dans certaines de ses œuvres, notamment dans l'exquise "Rowing in an Ancient Night in Kundil Nagar" et dans Face I, Face II et Mask, il a exploité au maximum les possibilités créatives de la couleur de la manière la plus évocatrice. Comme nous le savons, la couleur est l'élément le plus sensuel de la peinture. C'est pourquoi Chagall a dit à juste titre : "Une crise morale dans l'art est toujours une crise de la couleur".

Artiste et intellectuel de grande envergure, avec un intérêt constant pour la littérature et la sociologie. Pour lui, le présent est une continuation du passé, et non un éloignement de celui-ci. Cette conviction est mieux conceptualisée dans sa série "Rowing in an Ancient Night in Kundil Nagar". Chaque œuvre de la série rappelle l'enlèvement de Rukhimi par Krishna à Kundil Nagar. La scène d'un couple traversant en bateau une rivière sans rivage dans une soirée désolée baignée de lune, et une émotion indéfinissable en eux évoquant à la fois une humeur de félicité, de remords, de crainte, d'incertitude et d'angoisse - tout cela confère à la série une qualité de mythe pictural. La touffe de plantains et le croissant de lune ou son image enchanteresse forment un écrin adéquat à toute cette athmosphère.

De même, Abhisarika Nayika, The Kiss, Brindavan, Waiting, Jugalbandi, The River, Innocence, Couple, nous tiennent en haleine par leur beauté expressive et la profondeur de leurs sentiments. Samiran réagit volontiers aux questions du monde politique contemporain et aux préoccupations humanistes. Cela est illustré par la création émouvante de Magic City. Il célèbre également les visages humains dans une ambiance poignante, peut-être en accord avec la croyance dans le paradigme Holbeinien de la divinité du visage humain. Sa palette - brillante, vibrante et expressive - raconte sa propre histoire. Le bleu, le vert, le rouge et l'orange promettent toujours une fête visuelle délicate. En fin de compte, il faut noter que la virtuosité de Samiran s'étend sur plusieurs directions stylistiques et qu'il a réussi dans la plupart d'entre elles.